Jacques CRISTIANI nous a quittés

Le commissaire Jacques CRISTIANI, porte-drapeau de la Médaille de la Résistance, nous a quittés dimanche 24 décembre 2017, dans sa quatre-vingt seizième année. Commandeur de la Légion d’honneur, croix de guerre 1939-1945, médaillé de la Résistance, il était commissaire depuis 2004. Ses obsèques ont eu lieu vendredi 29 décembre 2017 à 11h, en l’église Saint-Louis-des-Invalides, cathédrale des soldats. Elle sera suivie de l’inhumation au caveau de l’Ordre de la Libération au cimetière du Père-Lachaise (Paris).

Il y a quelques années, il avait donné une interview pour le livre La Flamme de la Nation, en voici quelques extraits :

Il a parfaitement le physique de l'emploi et son allure aurait pu inspirer le sculpteur Rude. Les moustaches en crocs sont une signature inimitable. La griffe du Gaulois, même s'il est d'une lointaine origine grecque, il a l'esprit et le courage car il est décoré à la fois pour faits de résistance et de guerre.

[...] Ce qui importe le plus ici, c'est un excellent commissaire qui, sans établir de records, est pratiquement là tous les jours. La Marseillaise de Rude peut s'effriter sous les coups de la pollution, le monument Cristiani est inaltérable. Il a débuté sous l'Arc comme porte-drapeau de la médaille de la Résistance ; il est très attaché à cette médaille qu'il aurait aimé qu'on appelle "croix" et que bien des généraux ne connaissent pas.

Il a commencé par le renseignement dans la région de Bordeaux où s'évissaient Bousquet et ses sbires. Arrêté, il s'évade, détourne un cargo qui devait livrer Philippeville, se cache dans le puits de chaîne, mais le navire est bloqué en mer. La deuxième fois, il s'évadera par Biarritz. Pour lui, sa mission dépasse largement le cadre de la cérémonie qui doit être aussi belle et précise que possible : "Il faut parler aux générations futures [...]"

Alors il leur parle de la Résistance, indispensable d'autant que toute chronologie a été abolie dans les programmes d'histoire. Il était une fois un pays envahi par des nazis qui avaient déjà envahi l'essentiel de l'Europe. Il leur raconte la vie quotidienne d'un jeune résistant qui n'a obéit qu'à son courage et non à un mot d'ordre.

L'agent est seul, toujours aux aguets, toujours sur le qui-vive, attentifs à tous les signes. Traqué de par sa fonction. Cristiani était agent de liaison, puis chargé des émissions radio, le poste le plus dangereux puisque la "gonio" pour les repérer faisait des progrès... "Il fallait émetttre, tenir vingt-quatre heures... quarante-huit heures, redouter le coup de sonnette à l'heure du laitier. Tenir..." La radio a toujours été le point faible des réseaux, conjuguée évidemment à la délation.

Un jour, un gamin, lui a dit "Vous avez dû être très malin." Cristiani avait gagné son pari, non en racontant sa résistance, mais en intéressant un môme qui ne connaissait de cette époque que quelques films romancés. L'Histoire est au présent. Il parle au nom de tous les siens.